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___Robie les regardent. Il voit leurs visages étonnés. Lui-même est surpris d'avoir crié.
____ Quoi ? Elle...elle vous a même pas parlé et vous vous fichez d'elle, bégaye-t-il.
___Robie se rassoit. La salle est toujours silencieuse. M. Finighane se racle la gorge comme pour se remettre de ses émotions, rajuste ses lunettes et continue l'appel, comme si de rien n'était.
____ C'est bon. Tout le monde est là. Bien. Commençons notre cours.

___Pendant deux heures, il leur parle de l'importance des devoirs pour eux et de la présence continuelle de cette matière qu'est l'histoire dans leurs jeunes existences. Il parle tout en arpentant la salle de cours. Après ça, la matinée se passe plus calmement. Mis à part quelques regards lancés à Ginny, aucun n'ose rouvrir la bouche. A midi, l'adolescente entend chuchoter sur son passage alors qu'elle entre au réfectoire. Elle s'assoit avec son plateau au bout d'une des nombreuses longues tables de la grande salle. Ginny est presque adossée au mur, la tête dans une main, la fourchette dans l'autre. Elle ne mange pas. Pourtant elle sait très bien qu'elle raffole des raviolis. Mais elle a l'estomac trop noué pour ouvrir la bouche.



___Robie regarde de tous les côtés ; il cherche où s'assoir. Son frère n'étant pas là, il doit se débrouiller tout seul. Il veut se mettre à un endroit où il sera tranquille, sans ses idiots qui veulent savoir pourquoi il a défendu la "nouvelle", loin de la bande à Lens qui le sent si vulnérable.
___Et puis il la voit. Ginger Glatest. Ginny. Elle est toute seule. Il ne voit pas son visage ; ses cheveux cachent ses yeux. Est-ce qu'elle pleure ? Il s'avance, se place devant elle et se rend compte que non.
____ Salut.
___Ginny lève la tête et le regarde. Elle veut lui répondre ais n'arrive pas à ouvrir la bouche.
____ Je peux m'assoir ?
___Elle veut lui dire oui, ou tout simplement lui faire un signe de tête, mais n'y arrive pas. Comme elle ne répond toujours pas, Robie lance avec un petit sourire :
____ Je considère ça comme un oui.
___Pendant qu'il s'assoit, Ginny le suit du regard. Lorsqu'il lève le yeux vers elle, elle baisse la tête. Elle pose sa main sur la table, lâche sa fourchette, met ses deux mains sur ses genoux. Robie la regarde faire. Elle lui parait anxieuse. Il a l'impression de lui faire peur. Lui aussi est gêné mais voyant qu'elle est plus timide que lui, il prend son courage à deux mains et tente quand même de la rassurer, de détendre l'atmosphère.
____ T'es pas très bavarde.
___Ginny n'ose pas lever la tête. Elle n'ose pas le regarder dans les yeux.
____ Fais pas gaffe à tout ce qu'ils disent. Ils font ça pour t'embêter parce que t'es nouvelle et qu'ils te connaissent pas.
___Robie commence à manger. Il se sent vraiment découragé.
___Ginny attrape sa fourchette en gardant la tête baissée et sa main gauche toujours sous la table. Elle joue avec un ravioli. Elle veut lui parler mais n'ose pas. La boule de tristesse dans son estomac a petit à petit laissé la place à une boule de gêne. Ginny prend une longue inspiration et lâche un petit merci tremblant. Elle réussi enfin à lever la tête. Robie la regarde.
____ Merci de m'avoir défendue... Tout à l'heure. Je...je savais plus où me mettre. Merci, répète-t-elle.
___Il la regarde dans les yeux et sourit.
____ Y'a pas de quoi.
___Robie en profite pour engager la conversation :
____ T'as déjà rencontré mon frère.
____ Stan ?
____ Ouais.
____ Il m'a parlé de toi. Et de Jason. Et de Nate.
____ Il m'a aussi parlé de toi, et de tes parents ; tu es la fille des deux milliardaires.
___Ginny baisse la tête : elle attend qu'il lui lance lui aussi une remarque moqueuse.

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